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HaitiBrand analyse l'investissement de 100 millions $ de la BID et ce qu'il implique pour la logistique du Grand Sud.
La Banque interaméricaine de développement (BID) a approuvé une enveloppe de 100 millions de dollars pour la transformation de l'aéroport Antoine-Simon aux Cayes en infrastructure de catégorie 4E. L'annonce a été confirmée par Yves Ducarmel François, directeur général de l'Autorité aéroportuaire nationale (AAN), le 16 juillet 2025 sur Magik 9. Les travaux doivent débuter en 2026.
Ce que montrent les données
L'aéroport a déjà franchi une étape. Le 5 mars 2025, il est passé de la catégorie 2B à la catégorie 3B, avec une piste étendue de 1 350 à 1 850 mètres. Le 10 novembre 2025, IBC Airways a opéré le premier vol international depuis Miami sur un Embraer ERJ-145XR. Les vols étaient complets jusqu'au 26 novembre.
L'objectif de la catégorie 4E est d'un autre ordre. Une piste de 3 000 mètres, capable d'accueillir des gros-porteurs (Boeing 777, Airbus A330). Une capacité cible de 250 000 passagers par an. Environ 400 hectares supplémentaires à acquérir, dont 160 par expropriation gouvernementale. Le consortium haïtiano-français Génie Conseil / Artelia a été mandaté pour les études de faisabilité, financées par la BID. Le plan directeur était attendu en août 2025, l'étude finale en novembre.
Un corridor logistique, pas un aéroport isolé
La route nationale 2, seul axe terrestre entre Port-au-Prince et le Sud, est sous contrôle de groupes armés depuis juin 2021. Quatre ans. Le département du Sud, ainsi que la Grand'Anse, les Nippes et le Sud-Est — plus de 1,5 million d'habitants — fonctionnent en quasi-isolement logistique depuis.
Deux infrastructures changent cette équation. Le port de Saint-Louis du Sud, inauguré le 17 janvier 2025 (6,5 millions $, à 37 km des Cayes), traite le fret maritime. L'aéroport de catégorie 4E ajouterait le fret aérien et le transport de passagers longue distance. Ensemble, ils forment un corridor bimodal pour le Grand Sud, connecté directement à Miami sans transit par la capitale.
Pour les exportateurs de vétiver (Haïti est le premier producteur mondial, 250 tonnes par an, fournisseur de Chanel, Dior, Guerlain), de café et de cacao, cela raccourcit la chaîne. Pour le tourisme (Port-Salut, Île-à-Vache, Saut-Mathurine, Pic Macaya), cela ouvre un accès direct depuis la Floride. En juillet 2025, une mission commerciale Miami-Dade dirigée par le directeur de l'APN et le président de la CCCIGS a présenté Les Cayes comme un nouveau hub commercial aux investisseurs de Miami.
Composantes à surveiller
Foncier. L'acquisition de 400 hectares implique un processus de compensation sous le ministère de l'Économie et des Finances. Dans un contexte foncier haïtien marqué par des titres informels et des litiges post-séisme, ce processus est un point de vigilance.
Branding territorial. L'aéroport est déjà surnommé « l'aéroport international du Grand Sud ». Ce positionnement requalifie l'ensemble du département comme destination. La question est de savoir si une stratégie de marque accompagnera cette infrastructure, ou si le nom restera une promesse sans identité visuelle coordonnée.
Échelle régionale. À titre de comparaison : la Dominique investit 1 milliard de dollars pour son nouvel aéroport, la République dominicaine a engagé 250 millions pour Las Américas. L'enveloppe de 100 millions se situe dans la fourchette basse des projets caribéens. Suffisante pour un aéroport régional performant, pas pour un hub.
Séquençage. La coopération technique HA-T1346 de la BID (400 000 $, approuvée le 28 août 2025) finance les études préliminaires. L'enveloppe de 100 millions n'est pas encore décaissée — elle est conditionnée aux résultats. La Banque mondiale a parallèlement approuvé un projet de connectivité routière ciblant la RN2 entre Les Cayes et Saint-Louis du Sud. Les deux projets sont complémentaires. L'un sans l'autre perd en cohérence.
100 millions de dollars. 400 hectares. 250 000 passagers. Un premier vol Miami complet en 24 heures. Les chiffres existent. La question est celle de l'exécution, et de qui en portera la marque.
Sources : Le Nouvelliste, The Haitian Times, BID (iadb.org), Banque mondiale, iciHaiti, Black Enterprise
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