©Ministry of ICT and Innovation | Rwanda
HaitiBrand examine le premier accord IA gouvernemental en Afrique et propose une feuille de route adaptée aux réalités haïtiennes, centrée sur WhatsApp, l'éducation et la santé publique.
Anthropic, l'entreprise derrière le modèle Claude, a signé ce 17 février un protocole d'entente de trois ans avec le gouvernement du Rwanda. C'est le premier partenariat multisectoriel entre une entreprise d'intelligence artificielle et un État africain. L'accord couvre la santé publique, l'éducation, l'administration publique et le renforcement des capacités locales.
Mais au-delà de l'annonce, c'est l'architecture de l'accord qui mérite une lecture attentive. Particulièrement depuis Port-au-Prince.
Un modèle fondé sur l'autonomie, pas la dépendance
Le protocole rwandais inclut 2 000 licences Claude Pro pour les enseignants, des formations en littératie IA pour les fonctionnaires, un accès à Claude Code pour les développeurs gouvernementaux et le déploiement d'un compagnon d'apprentissage dans huit pays africains. Elizabeth Kelly, responsable des déploiements bénéfiques chez Anthropic, a résumé la philosophie : « Nous investissons dans la formation et le renforcement des capacités pour que l'IA puisse être utilisée de manière sûre et autonome par les enseignants, les agents de santé et les fonctionnaires. »
Le Rwanda n'improvise pas. Kigali dispose d'une politique nationale d'IA depuis avril 2023, adossée à un investissement estimé à 76,5 millions de dollars couvrant la littératie IA, l'infrastructure de données et l'adoption dans les secteurs public et privé.
Haïti : les mécanismes existent déjà
Ce qui rend la comparaison pertinente, c'est que les instruments de financement et de politique publique sont déjà en place côté haïtien. La BID a approuvé en juin 2025 le programme ProAI, une coopération technique visant à accélérer l'adoption de l'intelligence artificielle en Haïti par la formation de professionnels du numérique et le développement d'un cadre réglementaire. En parallèle, un don de 16 millions de dollars de la BID finance la transformation numérique de l'administration publique haïtienne. Et la Banque mondiale maintient un financement de 105,6 millions de dollars pour le secteur éducatif sur la période 2022-2026.
Plus significatif encore : le MENFP a lancé en avril 2025 la Phase II de son projet de réforme curriculaire, avec l'appui technique du Bureau international d'éducation de l'UNESCO et le financement de la BID. Les fondations institutionnelles et financières sont là. Ce qui manque, c'est le modèle de déploiement.
WhatsApp comme canal principal
Toute solution qui repose sur une connexion internet stable et un ordinateur de bureau exclut la majorité du territoire haïtien. En revanche, WhatsApp est déjà dans la poche de pratiquement chaque enseignant, parent et élève du pays.
Un modèle haïtien pourrait s'articuler autour d'agents IA accessibles directement via WhatsApp. Pour les enseignants : un conseiller pédagogique capable d'aider à préparer des cours, adapter du contenu, répondre à des questions sur le programme. Pour les parents et élèves : un compagnon d'apprentissage qui s'adapte à leur rythme et à leur langue. Le MENFP co-conçoit le cadre pédagogique, en cohérence avec la réforme curriculaire en cours. Histoire, langues, technologie, valeurs civiques et sociales. L'IA opère à l'intérieur de balises définies par le gouvernement.
Un socle technique identifié
Quatre composantes rendent ce modèle implémentable à court terme.
Agents conversationnels en créole et en français. Des agents IA capables de conduire des échanges pédagogiques via WhatsApp existent déjà en Haïti. Ces agents détectent la langue de l'utilisateur, s'adaptent au contexte et fonctionnent sur les réseaux mobiles locaux. L'infrastructure de déploiement n'est pas théorique.
Mode résolution de problèmes. Contrairement aux assistants IA classiques qui fournissent des réponses, le modèle proposé repose sur une pédagogie socratique. L'agent ne donne pas la solution : il questionne, pousse le raisonnement, demande des justifications, propose des angles alternatifs. « Poukisa w panse sa ? Ki lòt fason ou ta ka abòde pwoblèm sa a ? » Cette approche répond directement à la préoccupation principale des éducateurs face à l'IA en classe. L'intégration d'une interface vocale en créole via des technologies de synthèse vocale permet d'étendre l'accès aux élèves dont la maîtrise du français écrit est limitée.
Référentiel sectoriel haïtien. Le système s'appuie sur une base de données structurée des défis haïtiens, classifiée par secteur : eau, santé, infrastructure, agriculture, commerce, gouvernance. Chaque problème est associé à des données contextuelles, des cadres de solution et des cas pratiques. C'est cette couche qui rend l'outil spécifiquement haïtien.
Boucle de données pour le MENFP. Chaque interaction avec les agents génère des données structurées : matières les plus difficiles, taux de compréhension par région, performance par établissement, progression dans le temps. Ces données alimentent un tableau de bord analytique accessible au Ministère, offrant pour la première fois une visibilité en temps réel sur la performance éducative nationale.
Un déploiement par paliers
Palier 1, couverture nationale : agents WhatsApp pour les enseignants, parents, élèves et administrateurs scolaires. Fonctionne sur n'importe quel téléphone, consommation de données minimale.
Palier 2, écoles urbaines équipées : Claude Desktop accessible dans les établissements de Pétion-Ville, Delmas, Cap-Haïtien. Expériences d'apprentissage approfondies, recherche assistée, production de contenu.
Palier 3, programmes avancés : Claude Code dans les lycées pour des programmes de résolution de problèmes. Les élèves travaillent sur des défis concrets : logistique de distribution d'eau, optimisation des marchés publics, accès aux soins de proximité, plateformes d'engagement civique. Compétitions entre établissements, défis quotidiens en classe, résultats mesurables. Une génération de lycéens qui commence à concevoir des solutions pour Haïti, outillée par l'IA et encadrée par un curriculum national.
La séquence de mise en œuvre
Un projet pilote dans un département (15 à 20 écoles), des résultats mesurables sur six mois, puis un élargissement fondé sur les données. Le programme ProAI de la BID, la réforme curriculaire du MENFP et les financements existants de la Banque mondiale offrent un cadre institutionnel et financier déjà opérationnel pour un tel déploiement.
Pour une consultation sur les opportunités de transformation numérique dans le secteur public haïtien, contactez HaitiBrand.
Sources : Anthropic (17 février 2026), Digital Watch Observatory (Rwanda AI Policy), BID ProAI (HA-T1339, juin 2025), BID (16M$ transformation numérique), Banque mondiale (105,6M$ éducation 2022-2026), UNESCO BIE (réforme curriculaire Phase II), BID + GPE (44M$ éducation)
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